Avec la sortie de la réédition de Wario Land: The Shake Dimension sur Wii U, le timing est parfait pour nous plonger ensemble dans une rétrospective de la saga Wario Land, sans doute la meilleure série de jeux de plateformes 2D sur consoles, à mon humble avis. Voilà déjà une première révélation !

Avant de commencer, sachez que je ne m’attarderai que sur les jeux de la série Wario Land. Certes, Wario World (Nintendo GameCube) et Wario: Master of Disguise (Nintendo DS) sont eux aussi des jeux de plateformes, mais n’incarnent pas, à mon sens, l’esprit de la série originale. Ne vous attendez pas non plus à un passage sur WarioWare, encore bien plus loin de Wario Land que les deux jeux cités. Ces précisions étant faites, remontons le temps ensemble.

Il faut tout d’abord que je vous fasse une confidence. Entre Wario et moi, ce fut l’amour au premier regard. Il faut dire que Wario est un personnage à part dans l’univers de Nintendo, et inspire encore plus de sympathie que le célèbre plombier moustachu. Sa bonhommie, son côté cupide, maladroit et drôle à la fois, à l’opposé d’un héros, en font un personnage auquel on s’attache forcément. Et pour moi, cela a commencé dès sa première apparition, dans Super Mario Land 2: 6 Golden Coins sur Game Boy. Si on ne rencontrait le grand méchant qu’à la toute fin du jeu, il ne faisait aucun doute que ce nouvel antagoniste charismatique allait devenir bien plus qu’un boss de fin.

Wario Land, les débuts

Voilà qui est confirmé en 1994 dès l’épisode suivant de Super Mario Land, qui n’a plus grand-chose à voir avec le plombier moustachu d’ailleurs, et que l’on nommera plutôt Wario Land. Pour la première fois, le joueur peut en effet incarner un méchant, dont le seul et unique but dans la vie est d’amasser de l’argent, dans l’espoir de se construire un château qui dépasserait l’entendement. Et pour cela, une seule chose à faire : s’emparer de la statue en or du capitaine Syrup, sur l’Île Cuisine.

Ce premier épisode est l’occasion de faire connaissance avec ce personnage imposant qu’est Wario. Wario peut sauter, foncer sur ses ennemis, lancer des objets, mais il a également le don de se transformer. Dans cet épisode, il peut effectuer des charges au sol en devant Wario Taureau, voler quelques instants dans les airs en se changeant en Wario Jet, ou cracher du feu sous la forme de Wario Dragon.

Si la difficulté du titre n’est pas forcément très élevée, le level design est d’une ingéniosité rare et l’on prend un plaisir fou à parcourir encore et encore chacun des niveaux, à la recherche d’éventuels trésors que l’on aurait manqués ou d’un passage secret bien caché. Bon point également, le bestiaire est totalement inédit et n’a rien à voir avec ce que la série Mario nous a habitués à voir. La jeune saga Wario Land se dote alors déjà d’une personnalité à part entière.

L’année suivante sort Wario Land sur Virtual Boy, un jeu sur lequel je ne m’attarderai pas, n’ayant jamais pu tester cet épisode. Je ne désespère pas de voir arriver un jour cet opus sur la console virtuelle de la Nintendo 3DS. On peut rêver !

Wario Land II, toujours plus fort

Wario Land II arrive en 1998 et est un des premiers jeux à être compatible également avec le nouveau Game Boy Color. Cette fois, c’est le capitaine Syrup qui vient prendre sa revanche et s’emparer du tout nouveau château de notre anti-héros préféré. Malgré le succès du premier épisode, les développeurs ont l’audace de revoir un peu leur formule, et cela paie ! Désormais, Wario est invincible. En voilà une idée originale pour l’époque. Le jeu n’est pas plus simple pour autant puisque les nouveaux ennemis viendront vous mettre des bâtons dans les roues.

L’accent est cette fois mis sur les transformations de Wario, encore plus nombreuses et poussées que dans sa dernière aventure. Pas de power-up pour changer de forme cependant, car ce sont désormais les ennemis qui vous permettront de changer d’apparence et de gagner de nouvelles habilités par la même occasion. Une piqûre d’abeille, et Wario devient bouffi, s’envolant vers des hauteurs inaccessibles. Un beignet avalé, et voilà Wario qui double son tour de taille (mais comment fait-il ?), capable de briser des blocs jusque là indestructibles. Aplati, gelé, enflammé, les possibilités sont nombreuses et joueront autant en votre faveur que contre vous. À vous de voir quand vous devez profiter de ces pouvoirs ou les éviter.

Enfin, autre ajout bien pensé du titre, la progression se fait de façon a priori linéaire dans un premier temps, mais avec de nombreux niveaux renfermant des sorties secrètes, et donc des embranchements cachés menant à des scénarios alternatifs parfois… surprenants. Vous serez donc forcé de recommencer certains niveaux pour débloquer une nouvelle sortie. Parfois, ne rien faire peut également avoir du bon, surtout dans le premier niveau… Essayez pour voir ! À noter aussi, les combats contre les boss plutôt prenants et avec une bonne dose d’originalité.

Vous l’aurez compris, pour son retour, Wario signe une nouvelle performance exceptionnelle, et inscrit cet épisode au top des jeux de plateformes 2D. Est-il possible de faire encore mieux avec l’épisode suivant ? Si les joueurs débattent encore aujourd’hui pour savoir qui du deuxième ou du troisième épisode est le meilleur, ma préférence va à ce dernier épisode.

Wario Land 3, le best of

Cette fois, c’est dans un monde magique caché dans une boite à musique que l’action va se dérouler. Pas banal n’est-ce pas ? Pour sortir de cette prison, Wario va devoir réunir les quatre boites à musique cachées dans ce monde mystérieux. Au niveau du gameplay, on reste assez proche de l’épisode précédent, avec un Wario invincible et de nombreuses transformations dont une bonne partie déjà vues mais toujours aussi efficaces.

C’est plutôt dans le déroulement de l’aventure que les choses évoluent, avec l’ajout d’une véritable carte du monde divisée en quatre zones pour chacun des points cardinaux. Dans chaque niveau, quatre clés ouvrant autant de coffres sont à dénicher. Sauf qu’il faudra bien souvent progresser dans le jeu pour revenir explorer le niveau et s’emparer d’une clé jusque là inaccessible. Car Wario n’obtient ses pouvoir que très progressivement dans ce volet, au fur et à mesure des trésors qu’il découvre : des palmes pour nager, des gants pour renforcer ses attaques chargées, etc. En outre, certains trésors agiront eux directement sur un niveau en question, débloquant un accès à une zone inexplorée qui n’attend que vous.

On se retrouve donc avec des niveaux nettement plus étendus, qui se découvrent très progressivement. Le joueur bénéficie en outre d’une plus grande liberté d’action puisqu’il peut choisir le meilleur moment pour revisiter un stage. S’il se sent un peu perdu, un personnage du jeu peut même lui indiquer la meilleure route à suivre pour progresser. À noter également, l’apparition d’un cycle jour/nuit, s’enclenchant à chaque fois que vous terminez le niveau, et ayant un impact sur chaque zone et sur certains ennemis (des zombies uniquement la nuit par exemple), ouvrant ou condamnant ici encore l’accès à certaines parties des niveaux.

En résumé, si certains seront peut-être déstabilisés par cette relative liberté accordée au joueur, c’est un nouvel épisode exceptionnel que nous sert ici Nintendo, fidèle à la recette excellente du deuxième épisode, mais en s’en distinguant suffisamment pour parvenir à surprendre une nouvelle fois les fans.

Wario Land 4, bref mais intense

L’année suivante, en 2001, le Game Boy Advance débarque sur le Vieux Continent, et Wario Land 4 voit le jour quelques mois plus tard. Rien n’est éternel et Wario a semble-t-il perdu son don d’invincibilité… au contraire de sa cupidité qui l’emmène sur les traces d’un trésor légendaire caché à l’intérieur d’une mystérieuse pyramide en or.

Ici encore, une nouvelle mécanique nous est proposée. La pyramide à explorer est divisée en quatre zones, et vous êtres libres de choisir dans quelle zone vous allez vous lancer. Chaque zone est composée de quatre niveaux à la difficulté croissante, et d’un boss gigantesque à affronter. Le titre est nettement plus court que ses prédécesseurs, vous l’aurez deviné, mais les niveaux sont plutôt fournis, renferment de nombreux secrets, comme les musiques du jeu à débloquer, et sont surtout d’une originalité rare, du moins pour la plupart. Le monde des jouets est particulièrement bien pensé, avec sa course contre les dominos ou encore son jeu de l’oie géant. La réalisation est également d’excellente facture, avec des sprites de bonne taille, un univers très coloré, des animations agréables, et même quelques mélodies chantées.

Au niveau du déroulement, quelques changements sont à noter. Cette fois, plus de coffre à trouver pour clôturer un niveau, mais une clé permettant d’ouvrir le stage suivant. Seulement voilà, pour sortir du niveau, il va falloir activer un interrupteur ouvrant un vortex en début de parcours, mais libérant par la même occasion une bombe à retardement. À vous alors de revenir le plus rapidement possible sur vos pas, par le chemin que vous venez d’emprunter ou, si ce dernier est condamné, par un nouvel itinéraire. Cette nouvelle phase de jeu intense est particulièrement bien pensée et apporte la juste dose de suspense à l’aventure.

Pour le reste, Wario reste le maitre incontesté de la transformation et dispose donc toujours d’une panoplie de costumes lui permettant de progresser dans les niveaux. Il est en outre toujours aussi costaud et dispose même désormais d’une attaque lui permettant de foncer tête baissée droit devant lui en détruisant tout sur son passage. Pratique pour revenir en début de niveau une fois le compte à rebours lancé.

Vous l’aurez compris, cet épisode est également une bonne pioche, mais se révèle un peu moins généreux que ses prédécesseurs en termes de contenu. Un niveau de difficulté supplémentaire à débloquer pallie partiellement ce défaut.

The Shake Dimension, le dernier bon Wario

Il faudra attendre 2008 pour voir arriver un nouvel épisode de Wario Land, le dernier en date, développé par Good Feel cette fois. Intitulé The Shake Dimension, ce dernier sort sur Wii et fera usage, vous l’aurez deviné, des capacités de la télécommande Wii. Le titre se joue d’ailleurs uniquement avec cet accessoire, qu’il faut tenir à l’horizontale, à la manière d’une manette NES. Si les actions classiques comme le déplacement, le saut ou la charge s’effectuent toujours à l’aide des boutons, d’autres nécessitent d’agiter la télécommande Wii, comme le coup de poing au sol, ou de l’incliner, comme le lancer d’objets ou d’ennemis.

Mais la grande force du titre est sans conteste son esthétique. Conçu sous forme de cartoon, le titre est un régal absolu pour les yeux grâce à ses graphismes entièrement dessinés à la main et ses animations de grande qualité, qui le transforment en véritable dessin animé virtuel. Des scènes cinématiques sont même de la partie.

Le gameplay se révèle quant à lui assez proche de Wario Land 4, puisque le concept de compte à rebours en fin de niveau est repris, obligeant Wario à revenir au début du parcours avant la fin du temps imparti, si possible en récupérant un maximum de trésors. Le jeu inclut également pour la première fois une série d’objectifs optionnels destinés aux joueurs les plus acharnés qui souhaiteraient replonger dans les niveaux précédemment traversés.

Fidèle aux précédents opus, The Shake Dimension propose des stages originaux, bien pensés, et agréables à parcourir, mais la durée de vie du titre laisse une fois de plus un peu à désirer…

Et après ?

Et depuis 2008 ? Plus rien. Silence radio. Les joueurs sont sans nouvelles de la série Wario Land. Comment une saga aux qualités aussi importantes, n’ayant pour ainsi dire jamais déçu les joueurs, peut-elle avoir été délaissée par Nintendo ? Les joueurs se sont-ils lassés ? Les développeurs sont-ils en manque d’inspiration ? La plateforme 2D est-elle morte ?

J’espère que cette rétrospective vous aura convaincu des qualités de cette série au parcours presque sans faute, et aura rappelé des souvenirs aux plus anciens d’entre vous. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de découvrir ces jeux en leur temps, sachez que les épisodes 1 à 3 sont disponibles sur la console virtuelle de la Nintendo 3DS, tandis que l’épisode 4 et The Shake Dimension sont quant à eux téléchargeables sur Wii U. À vous de jouer !