Lorsqu’on évoque le jeu d’aventure sur console portable, deux grands noms viennent à l’esprit des joueurs : Professeur Layton, ce jeu d’enquêtes signé Level-5 dans lequel les énigmes toujours plus nombreuses sont la clé pour élucider les mystères, et Phoenix Wright: Ace Attorney, cette simulation de Capcom unique en son genre qui vous met dans la peau d’un avocat.

Si elles sont peut-être différentes dans leur approche du genre, les deux séries ont aussi un certain nombre de points communs. Un scénario parsemé d’éléments surréalistes, des personnages attachants autant que déjantés, un humour décalé, des graphismes léchés et une bande-son soignée, entre autres. Alors quand Capcom et Level-5 décident de s’allier pour créer un crossover entre leurs deux licences fétiches, dire que les joueurs s’embalent est un euphémisme. Encore faut-il que l’exercice, périlleux car il ne faut dénaturer aucune des deux séries, soit exécuté de main de maitre pour ne décevoir personne. Cet équilibre délicat a-t-il été trouvé par les développeurs ? C’est ce que l’on va découvrir ensemble.

L’histoire, tout d’abord, s’ouvre sur le monde du professeur Layton. Car les deux protagonistes ne se rencontreront que plus tard dans le jeu. Aria Novella et Giovanni Accidenti sont poursuivis par d’étranges créatures dans la nuit noire. Aria parvient à s’enfuir et, sur les conseils de l’homme, s’en va trouver le professeur Layton pour lui demander son aide. L’interface du jeu lors des phases avec le professeur sera alors tout sauf inconnue aux fans de la saga. Comme dans L’héritage des Aslantes, on explore des scènes qui renferment des indices, des pièces S.O.S., et surtout, des énigmes. Là encore, on n’est pas dépaysé, même si le niveau de difficulté général tout au long du jeu semble globalement moins élevé que dans la série originale.

Lors de la deuxième partie du prologue, c’est dans la peau de Phoenix Wright que vous vous glisserez, histoire de vous familiariser également avec les phases de procès. Accompagné de Maya, votre assistante, vous allez donc devoir défendre, et accessoirement faire innocenter, l’accusé. Après avoir épluché le dossier de l’affaire et les différents profils, vous interrogerez les témoins, demanderez des compléments d’informations, présenterez des preuves et mettrez en évidences les contradictions pour faire la lumière sur l’affaire. Là encore, pas de surprise pour les habitués du jeu éponyme, puisque l’interface et la méthode d’approche des témoins reste globalement la même, à quelques ajustements près qui seront révélés lors des procès de sorcières, la nouveauté du jeu, qui ont lieu dans le monde de Labyrinthia.

Car, sans gâcher la surprise, c’est dans ce monde parallèle que se déroulera la rencontre tant attendue entre Phoenix et Layton. Ensemble, ils devront élucider l’affaire la plus surréaliste de leur carrière, et comprendre comment toute l’histoire de cette cité médiévale semble écrite à l’avance par le mystérieux Narrateur. Graphiquement, l’histoire est contée à la perfection avec un habillage très Layton pour les décors, et des mimiques et animations des personnages plus poussées, typiques de la saga Ace Attorney. Le tout est entrecoupé de scènes cinématiques en 3D du plus bel effet, et doublées en français. L’occasion de découvrir pour la première fois Phoenix s’exprimer dans la langue de Molière. Ce sera à vous de juger, mais je trouve personnellement que l’acteur choisi – Donald Reignoux – colle parfaitement au rôle.

Une fois le didacticiel passé et l’histoire bien lancée, l’histoire alternera constamment entre les phases d’exploration remplies d’énigmes (Layton) et les procès (Ace Attorney). Si la transition se fait plutôt naturellement, on aurait peut-être aimé un peu plus de prise de risque ce côté de la part des développeurs, en mêlant un peu plus les deux mécaniques de jeu.

En ce qui concerne les points faibles, on l’a évoqué, la difficulté des énigmes semble avoir été revue à la baisse, notamment avec un nombre a priori plus élevé d’énigmes laissant plusieurs droits à l’erreur. Elles n’en restent heureusement pas moins excellentes pour la plupart. Le titre est en outre très bavard et, si l’histoire est réellement passionnante, on se serait bien passé d’une partie des dialogues parfois inutiles pour aller droit à l’essentiel. D’autant plus que le jeu est plutôt long (plus de 20 heures).

Au final, ce crossover (im)probable entre deux piliers du jeu d’aventure remplit largement son contrat. Les deux univers se mêlent étonnament bien tant scénaristiquement que graphiquement. L’histoire est passionnante, et les habitués ne seront pas dépaysés devant les mécaniques de jeu reprises presqu’à l’identique de leur modèles. À ce propos, on regrettera seulement que les phases Layton et Phoenix soient un peu trop distinctes et entrecoupées, et surtout, qu’elles n’atteignent pas toujours la profondeur des jeux originaux. Cela est cependant inhérent au concept du crossover, et il serait dommage de se priver d’une si bonne occasion d’assister à la rencontre entre ces deux enquêteurs de légende.